Ces raisons insoupçonnées qui expliquent le retard d’Ariane 6

Outre la pandémie de Covid-19, le programme Ariane 6 a pâti d’une perte de savoir-faire entre deux générations d’ingénieurs et d’un lancement trop précipité... L’aéro-post, la chronique aéro-spatial de L'Usine Nouvelle.

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Ariane 6 Kourou
Le premier tir de la fusée européenne doit avoir lieu entre le 15 juin et fin juillet, selon la fenêtre de tir communiquée par l’agence spatiale européenne.

Au centre spatial de Kourou en Guyane, l’assemblage de l’étage principal avec l’étage supérieur d’Ariane 6 a commencé depuis le début du mois de mars. Le premier tir de la fusée européenne doit avoir lieu entre le 15 juin et fin juillet, selon la fenêtre de tir communiquée par l’Agence spatiale européenne. Soit un retard de plus de trois ans sur le calendrier initial, avec les conséquences que l’on connaît : sans lanceur disponible, l’Europe doit faire appel au concurrent américain SpaceX pour lancer ses satellites scientifiques et ses satellites Galileo !

Quelle sont les raisons de ce retard ? A la tête d’ArianeGroup depuis bientôt un an, Martin Sion est revenu sur les difficultés rencontrées sur le programme, à l’occasion d’une rencontre début mars avec les journalistes de l’AJPAE (Association des journalistes professionnels de l’aéronautique et de l’espace). Outre la pandémie de Covid-19 qui a retardé les travaux de développement du lanceur et de son pas de tir, les ingénieurs d’Ariane 6 ont pâti de ne pas pouvoir bénéficier pleinement de l’expérience et du savoir-faire acquis par leurs aînés.

Le premier programme a été lancé en 1988, le second en 2014. 26 ans d’écart, soit une génération d’ingénieurs. Que ce soit à l’Agence spatiale européenne, au CNES ou chez ArianeGroup, «il y a peu de gens qui ont fait à la fois le développement d’Ariane 5 et d’Ariane 6», constate le président exécutif d’ArianeGroup. Bref, il s’est passé trop de temps entre les deux programmes industriels.

La seconde raison : la création d'ArianeGroup était encore trop récente pour que le fonctionnement de l'entreprise soit optimisé pour relever un tel défi. Le maître d'oeuvre industriel d'Ariane 6 est né du rapprochement des activités spatiales de Safran et d’Airbus en 2017, soit trois entités issues du motoriste et de deux de l’avionneur. «Elles avaient toutes des cultures différentes, des systèmes d’information différents, des méthodes de développement différentes», reconnaît le dirigeant.

Enfin, sous la pression de SpaceX, l’Europe a confondu vitesse et précipitation. Le concept d’Ariane 6 a été décidé seulement six mois avant le lancement du développement ! Des problèmes techniques sont apparus lors de la phase suivante. En particulier la mise au point de l’APU, un générateur de puissance qui permet à la fusée Ariane 6 d’accomplir une grande variété de mission. «S’il y avait eu une phase de préparation plus approfondie, ces problèmes techniques auraient été identifiés», estime le dirigeant.

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