Une fois n’est pas coutume, Ariane 6 ne sera pas la vedette sur le stand d’ArianeGroup au Bourget. Alors que le contexte géopolitique porte les enjeux de défense au premier plan, le groupe franco-allemand met l’accent sur ses activités militaires. Une première depuis que la société expose sur le salon aéronautique.
À quoi ressemble la dernière et troisième mouture du missile balistique M51 embarqué dans les sous-marins assurant la dissuasion nucléaire française ? Quelle est la forme du nouveau démonstrateur de planeur de combat hypervéloce, le VMaX (véhicule manœuvrant expérimental) qui a accompli son premier tir d’essai en juin 2023 pour les armées françaises ?
Les visiteurs les plus curieux pourront se rendre dans le nouveau hall dédié à l’espace, le Space Hub, pour apercevoir les maquettes des derniers produits phare de la société et visionner des films sur les missions attribuées à ces systèmes d’armes critiques pour les armées françaises.
Ce n’est que justice rendue pour ces activités trop souvent dans l’ombre des lanceurs civils Ariane. Le groupe franco-allemand réalise en effet la moitié de son chiffre d’affaires dans le secteur de la défense. Pour rappel, le programme M51 mobilise dans la filière aérospatiale environ 7000 personnes, autant chez ArianeGroup que chez ses 450 sociétés partenaires. Soit un écosystème comparable à celui du Rafale.

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Des technologies poussées à leurs limites
Pour la société, le salon est l’occasion son savoir faire dans des domaines qui touchent à la souveraineté nationale comme pour la propulsion à poudre qui permet de faire décoller les trois étages du M51 et ses plus de 50 tonnes.
La maîtrise nécessaire pour déployer le missile balistique nucléaire qui garantit la sécurité ultime du pays tient du défi. Il faut arriver à mettre à bord d’un sous-marin 16 missiles équivalents à des petits lanceurs de type Ariane, avec l’équivalent du pas de tir de Kourou sachant qu’il y a juste à proximité un équipage d’une centaine de marins et une propulsion nucléaire. Il faut aussi citer le démonstrateur de planeur hypersonique qui devrait bientôt effectuer un second vol. Extrêmement rapide et manœuvrant, les armées les plus avancées misent sur lui pour prendre en défaut les défenses anti-missiles adverses. Une fois lâché en haute altitude, ce genre d’appareil est capable de rebondir sur les couches de l'atmosphère à plusieurs dizaines de km d’altitude et d’atteindre une vitesse largement supérieure à Mach 5 (soit environ 6.000 km/heure) tout en effectuant des changements de direction. Les Etats-Unis, la Chine et la Russie en sont déjà équipés.
Sur son stand, ArianeGroup présentera également son service Helix de surveillance de l’espace. Grâce à 25 stations de télescopes réparties sur les cinq continents, l’opérateur est capable de détecter de jour comme de nuit des manœuvres de satellites hostiles aussi bien sur les orbites géostationnaires que sur les orbites basses.
Ne plus dépendre des américains
Par ailleurs, la société commune à Safran et Airbus présentera deux nouveautés. D’une part, sa nouvelle fusée-sonde Sylex en développement depuis trois ans. Elle existera en deux versions, une mono-étage et une bi-étage plus puissante. Il s’agit de fusées-sondes qui se positionnent dans le haut du spectre de ce type de véhicule, visant les très fortes vitesses et les très hautes altitudes sans pour autant atteindre l’espace. Ces performances restent pour l’instant confidentielles.
Elles décolleront depuis une rampe installée dans les installations militaires de la DGA à Biscarosse (Landes). Ce type de fusée est nécessaire pour transporter des expériences scientifiques en haute altitude afin de bénéficier de la micro-gravité, mais aussi pour injecter dans la haute atmosphère des aéronefs militaires comme les planeurs hypersoniques.
En développant ses propres fusées sonde, ArianeGroup réduit sa dépendance aux acteurs américains. Le premier tir du planeur hypersonique VMaX tiré en 2023 avait essuyé un retard d’un an du fait notamment du retard du fournisseur américain de la fusée-sonde nécessaire à propulser l’engin en haute altitude.
Enfin, ArianeGroup devrait dévoiler un nouveau concept de missile balistique conventionnel. L’industriel répond ainsi aux besoins des armées de frapper l’adversaire dans la profondeur tout en déjouant les défense anti-missiles les plus sophistiquées grâce à sa vitesse et sa manoeuvrabilité.
Les concepteurs imaginent que ce type de missile pourrait être tiré à partir d’un camion ou d’une frégate avec une portée intercontinentale supérieure à 1000 Km. Il devrait être capable de monter à une altitude supérieure aux satellites en orbite basse et rentrera ensuite dans l’atmosphère à la vitesse d’environ 20.000 km/h. Grâce aux briques technologiques déjà maîtrisées en interne, un tel missile devrait être développé en quelques années.



