Bourget 2025 : Daher met les gaz dans la défense et planche sur la conception d’un drone

Daher ne veut pas rater la forte dynamique du secteur de la défense. L’avionneur connu pour ses petits avions TBM a été retenu par la Direction générale de l'armement (DGA) pour développer un drone de longue endurance, comme cela a été dévoilé lors du salon de l’aéronautique et de l’espace, organisé du 16 au 22 juin. Une stratégie audacieuse pour un groupe familial.

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Daher TBM
Daher se rue vers la défense, et va tenter de droniser l'un de ses appareils, un TBM ou un Kodiak.

En matière de défense, Daher sort du bois. Davantage connu pour ses petits avions, la famille des TBM et des Kodiak, mais aussi pour la production de pièces aéronautiques ainsi que la logistique industrielle, l’entreprise française compte s’affirmer dans le secteur de la défense. Ses dirigeants l’ont fait savoir mercredi 18 juin, à l’occasion d’une conférence de presse qui s’est tenue durant le salon de l’aéronautique et de l’espace, organisé au Bourget (Seine-Saint-Denis) du 16 au 22 juin. Une offensive dans le monde militaire plus originale qu’il n’y paraît pour un groupe familial doté d’un comité d’éthique veillant scrupuleusement à la nature de ses activités.

La veille, Daher avait d’ailleurs fait partie des lauréats retenu par la Direction générale de l'armement (DGA) pour développer un drone de type MALE (moyenne altitude longue endurance). Aux côtés de la start-up toulousaine Aura Aero, de la jeune pousse réunionnaise Fly-R, des PME Turgis & Gaillard et SE Aviation, l’avionneur et équipementier jure quelque peu face à ces acteurs ne dépassant pas 15 ans d’âge, du haut de ses 162 ans d’histoire et de ses 14000 salariés basés en France et un peu partout dans le monde. «Cela fait plus de 30 ans que nous étions au service des forces armées, mais nous faisions pour le moment de la défense sans aller jusqu'à toucher à des systèmes d'armes, ce qui nous limitait un peu dans notre volonté de se développer dans ce secteur, rappelle Didier Kayat, le PDG de Daher. Mais quand on sait faire un avion, on sait faire un drone.»

Vers un doublement rapide du chiffre d'affaires dans la défense

Jusque-là discret sur le sujet de la défense, Daher fait aujourd’hui savoir que son chiffre d’affaires dans ce secteur s’est élevé en 2024 à 300 millions d’euros, soit 15,5% de son chiffre d’affaires total (1,8 milliard d’euros en 2024). Le groupe assure par exemple des opérations de maintenance pour les Ecureuil de la gendarmerie et les DHC-6 Twin Otter de l’Armée de l’Air et de l’Espace, il fournit des pièces pour plusieurs programmes militaires (Airbus A400M, hélicoptère NH90…), et même des équipements complets, tels que des containers pour le transport de matériel sensible, et gère enfin la logistique d’engins militaires pour l’ONU et les pays de l’OTAN.

Mais désormais, Daher veut passer à la vitesse supérieure. «Le doublement de notre chiffre d’affaires dans la défense est à notre portée relativement aisément, d’ici trois à cinq ans», pronostique Didier Kayat. Toutefois, l’entreprise ne compte pas créer une division ad hoc, mais muscler sa présence dans la défense au sein de chacun de ses métiers. Une offensive qui n’est pas sans poser question. «Nos actionnaires, jusqu’à présent, ne souhaitaient pas que l’on touche au système d’armes, résume Patrick Daher, qui a cédé les rênes du groupe en 2024. Nous étions dans une période d’innocence jusqu’à maintenant, de désarmement. Les problèmes de souveraineté que nous connaissons aujourd'hui ont eu raison de leurs hésitations.»

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Un drone MALE d'ici la fin de la décennie

Si le comité d’éthique de Daher est en mesure de décider du caractère acceptable ou non d’un programme, les dirigeants signalement toutefois que l’usage qui serait fait d’un éventuel programme dépend non pas du constructeur, mais de celui définissant la mission. L’entreprise va d’ailleurs au plus vite s’atteler à la dronisation de ses plateformes, dans le cadre de l’appel à projets lancé par la DGA. L’industriel a 18 mois pour démontrer la faisabilité de faire voler de manière autonome l’un de ses avions, un TBM ou un Kodiak, ayant chacun une capacité d’emport d’environ 1 tonne. Mais l'entreprise mise sur un vol de démonstration dès la fin de cette année. L’objectif est de remettre aux autorités un dossier technique d’ici fin 2026 en vue d’un éventuel produit opérationnel avant 2030.

Par rapport aux start-up, Daher peut mettre en avant un long savoir-faire, en matière de développement d’appareils et de production industrielle. Pour autant, la société se tourne pour l’occasion vers Thales qui fournit en particulier la station sol, la liaison de données de commandement et contrôle sol-air ainsi que les commandes de vol. Dans le cadre de cet appel à projets, Daher va bénéficier d'un soutien de la DGA à hauteur de 25 %. L’entreprise n’a pas fourni de précisions sur le montant de ce projet. Et vise à concevoir un démonstrateur de drone «Itar free», autrement dit un engin non soumis à la réglementation américaine qui contrôle la vente de composants liés à la défense. L'allure d'un éventuel drone opérationnel n'a, à ce stade, pas été évoquée.

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