L’année 2025 marquera-t-elle pour Boeing le début de son redressement industriel, après six années de crise quasiment ininterrompue ? Les résultats trimestriels du groupe américain, dévoilés mercredi 23 avril, laissent à penser que le géant plus que centenaire entame enfin une résurrection industrielle. «J'ai le plaisir d'annoncer que notre plan de relance est en plein essor et qu'il montre des signes d'efficacité», s’est enthousiasmé Kelly Ortberg, PDG de Boeing depuis l’été 2024.
Il faut dire que l’année 2024 avait été désastreuse : elle avait débuté par une porte d’obturation d’un 737 MAX qui s’était arrachée en plein vol, démontrant une fois de plus les lacunes industrielles de Boeing, et s’était achevée par une grève généralisée de 57 jours, plombant ses livraisons.
Mais au-delà de ses problèmes internes, Boeing doit aussi affronter de nouvelles turbulences, venues cette fois de l’extérieur : les droits de douane que veut imposer la nouvelle administration américaine. Le PDG du groupe a confirmé que la Chine, pays avec lequel la guerre commerciale menée par les Etats-Unis est la plus aiguë, avait refusé de prendre livraisons de deux avions. Un troisième est en train de prendre le chemin du retour. «Nombre de nos clients en Chine ont indiqué qu'ils ne prendraient plus de livraison d’appareils», a confié le PDG de Boeing. Alors que l’avionneur doit livrer environ 50 appareils en Chine cette année, il évalue la possibilité d’orienter ces avions vers d’autres clients. «En attendant d'y voir plus clair, nous allons faire de notre mieux pour que la situation en Chine n'ait pas d'impact sur notre flux de production», a ajouté le dirigeant.
Malgré ces échauffourées commerciales avec la Chine, qui représente 10% du carnet de commandes de Boeing, l’avionneur affiche une certaine sérénité face à la hausse des droits de douane. «Environ 80 % des dépenses annuelles pour notre chaîne d'approvisionnement commercial vont directement à des fournisseurs basés aux États-Unis, a expliqué Brian West, le directeur financier de Boeing. Nous travaillons en étroite collaboration avec tous nos fournisseurs pour assurer la continuité de l'approvisionnement et rechercher des options permettant d'atténuer les pressions sur les coûts.» L’impact de l'augmentation des droits de douane serait «gérable», selon le dirigeant, qui évoque malgré tout un surcoût de moins de 500 millions de dollars.

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Boeing en discussions rapprochées avec l'administration américaine
Les dirigeants de Boeing n’ont toutefois pas caché qu’ils s’efforçaient d’expliquer à l’administration américaine que l’industrie aéronautique se portait d’autant mieux qu'elle n'était pas entravée par des droits de douane. «Je pense qu'il ne se passe pas un jour sans que nous soyons en contact avec un membre de l'administration, y compris les secrétaires de cabinet et jusqu'à POTUS [surnom du président américain, NDLR] lui-même, a assuré Kelly Ortberg. Nous passons beaucoup de temps à nous assurer que l'administration comprend les implications des droits de douane à court et à long terme, non seulement pour notre entreprise, mais aussi pour l'ensemble du secteur de l'aviation aux États-Unis. Les avions représentent une part importante de notre excédent commercial et si nous voyons les marchés se fermer, ce sera un grand, un très grand défi pour nous.»
Boeing se serait bien passé de cette guerre commerciale, alors que le géant de Seattle semble enfin se relever financièrement. Son chiffre d’affaires au premier trimestre 2025 a fait un bond de 18%, à 19,496 milliards de dollars (17,18 milliards d’euros). Quant aux pertes, elles sont moins élevées qu’attendu : elles s’établissent à 27,1 millions d’euros, contre 311,1 millions d’euros un an plus tôt sur la même période. Si la dette du groupe ne baisse qu’à la marge et atteint 47 milliards d’euros, elle devrait en partie se résorber avec la cession – annoncée le 22 avril– d’activités de logiciels, une opération d’environ 9 milliards d’euros.
Sans surprise, c’est la relance industrielle de la branche aviation commerciale qui a permis à Boeing de reprendre un peu de hauteur en ce début d’année, entre une pleine reprise de l’activité dans les usines et des méthodes de production renforcées. «Presque tous les clients avec lesquels je discute signalent une amélioration de la qualité des avions», a assuré le PDG de Boeing.
Le Boeing 737 MAX redécolle
Durant le premier trimestre 2025, l’industriel a livré 130 appareils, contre 83 lors du premier trimestre 2024. Et l’ascension devrait se poursuivre, Boeing ayant confirmé sa volonté d’atteindre dans le courant de l’année le seuil mensuel des 38 B737 MAX livrés, fixé par l’autorité américaine de l’aviation civile (FAA) suite à l’accident de la porte d’obturation pour contraindre le groupe à revoir ses contrôles qualité dans ses usines. En 2024, dans un contexte chaotique, le groupe avait livré en moyenne 22 monocouloirs par mois, mais il est parvenu à en livrer 33 au cours du mois de mars de cette année.
«Nous veillerons à ce que les indicateurs clés de performance démontrent la stabilité de notre système de production, puis nous demanderons à la FAA, plus tard dans l'année, de passer à 42 par mois», a précisé Kelly Ortberg. Pour cette année, Boeing espère réussir à livrer 400 exemplaires de son monocouloir, contre 265 l'an dernier. L’industriel espère ensuite augmenter de 5 avions supplémentaires tous les 6 mois, évoquant des cadences de 47 et même 52 appareils à l’avenir.
Côté long-courriers également, Boeing espère se remplumer. Le groupe mise sur une hausse des livraisons du 787 : la cadence pourrait passer de 5 à 7 appareils livrés chaque mois dans le courant de l’année. L'industriel vise ainsi environ 80 exemplaires livrés pour ce programme cette année, contre 51 en 2024. Alors que le programme 777X a continué ses essais en vol en vue de sa certification, Boeing prévoit toujours la première livraison du 777-9 en 2026, soit avec quelque six années de retard sur le planning initial. Et Boeing peut entrevoir l’avenir avec confiance, même si sa renaissance promet de prendre du temps, avec un confortable carnet de commandes comprenant plus de 5600 appareils, représentant un montant de 460 milliards de dollars (405 milliards d’euros).



