Eclipsé par Airbus lors du dernier salon aéronautique du Bourget, Boeing domine pour l’heure son rival européen à celui de Dubaï, qui se déroule du 13 au 17 novembre. L’avionneur américain profite en effet à plein du regain d’intérêt de la part des compagnies aériennes pour les long-courriers, boudés depuis la pandémie de Covid-19. Dès l’ouverture de l’événement, Boeing a dégainé une commande géante de la part d’Emirates : 55 B777-9 et 35 B777-8, soit 90 777X, ainsi que 5 B787. Un contrat d’un montant théorique de plus de 50 milliards de dollars, mais la compagnie a sans aucun doute bénéficié d’un important rabais.
La commande d’Emirates a donné le ton de cette édition du salon de Dubaï, où les long-courriers sont de nouveau à la fête. Avec la relance du trafic aérien international post-pandémie et la nécessité vitale d’exploiter des appareils moins gourmands en kérosène, les compagnies aériennes font le plein et anticipent leurs besoins. Elles sont soucieuses également de ne pas se faire griller la priorité de livraisons d’appareils par leurs concurrents, alors que les tensions se multiplient dans la chaîne d’approvisionnement. Avec ses grands hubs aériens, le Moyen-Orient est au cœur de cette dynamique.
Le 777X, un programme stratégique
Cette région du monde est de loin celle où la part de la demande en long-courriers est la plus importante, selon les estimations d’Airbus. La région pourrait avoir besoin de 3 420 nouveaux avions d’ici 2042, dont 47% de long-courriers. Un ratio qui tombe à 15% pour la Chine, avec un marché de 9 440 avions neufs. En outre, les compagnies aériennes ont retrouvé leurs capacités d’achat, avec le retour des bénéfices, et en particulier celle du Moyen-Orient. Dans un document publié en juin dernier, le cabinet de conseil AlixPartners pronostiquait cette année des marges de 4% pour les compagnies de la région, contre 1% en moyenne dans le monde.
La commande d’Emirates, client de lancement du 777X, porte à 205 le nombre d’exemplaires de cet appareil commandés par la compagnie, qui lance ainsi le renouvellement de sa flotte actuelle de 777 et d’A380. De quoi donner relancer la dynamique commerciale de ce programme de modernisation du long-courrier 777-300ER, même s’il devient plus dépendant encore de cette compagnie aérienne : avant le salon du Dubaï, le carnet de commandes du 777X s’élevait à 363 appareils. Une bonne nouvelle pour l’avionneur, d’autant que cet appareil a accumulé retards, problèmes techniques et surcoûts (plus de 1,5 milliard de dollars). Sa mise en service, visée pour 2020, devrait finalement intervenir en 2025, date des premières livraisons.

- 99.39+4.7
16 Avril 2026
Pétrole Brent contrat à terme échéance rapprochée$ USD/baril
- 17093.18-0.23
Mars 2026
Cours mensuel du nickel - settlement$ USD/tonne
- 69.4+7.26
Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en dollars$ USD/baril
Le succès du 777X engage en bonne partie l’avenir de Boeing. Dépassé sur le segment des courts et moyen-courriers, dans lequel Airbus s’arroge deux tiers des parts de marché avec l’A220 et, surtout, l’A320neo, le groupe américain tente coûte que coûte de maintenir sa domination sur celui des long-courriers, où le rapport de force est inversé. Alors que la production du 747 s’est récemment achevée et que celle du 787 reste en dents de scie, le 777X a pour mission de succéder au best-seller dont il est issu et de tailler des croupières à l’A350. Tout en répondant aux besoins de renouvellement des flottes d’A380. L’appareil vise également le transport de fret.
Airbus en discussions avec Turkish Airlines
Le désormais plus gros biréacteur du monde séduira-t-il les compagnies aériennes ? Le B777-8 vise en tout cas directement à concurrencer l’A350-1000 : il peut transporter jusqu’à 395 passagers sur une distance de 16 000 km. Pour l’heure, l’A350 a une bonne longueur d’avance, cumulant plus de 1 050 commandes dont 565 déjà livrés. Airbus vient par ailleurs de relever ses ambitions : les cadences de production devant passer de 4 à 10 appareils par mois en 2026, contre un objectif de 9 auparavant. Quant au 777-9, il est capable de contenir 426 sièges avec un rayon d’autonomie de 13 500 km. Alors que la commande d’Emirates vient conforter le 777X, Boeing va devoir assurer la montée en cadences, malgré les tensions existantes au sein de la chaîne d’approvisionnement. Elles doivent passer de 3 à 4 appareils par mois d’ici à 2025/2026.
Mais le 777X n’est pas le seul long-courrier mis à l’honneur au salon de Dubaï. Alors que la compagnie low-cost Flydubai a passé commandes pour 30 B787, Royal Jordanian a signé un contrat pour 4 B787-9 et Royal Air Maroc confirmé une commande de deux 787-9. Ethiopian Airlines a par ailleurs pris commande pour 11 B787, mais aussi 20 737 MAX. Le programme 787 cumule aujourd’hui plus de 650 commandes, et ses cadences doivent passer de 5 à 10 appareils par mois d’ici 2025/2026. Dominant le segment des long-courriers, Boeing prend donc toute la lumière. Airbus a toutefois engrangé une commande d'EgyptAir pour 10 A350-900 et peut s’enorgueillir de mijoter un alléchant contrat : des discussions sont engagées avec Turkish Airlines pour un contrat géant de 355 appareils, dont 90 A350 et A350 version fret, ainsi que 250 A321neo.



