Une très mauvaise surprise tombée du ciel ! Le groupe Airbus a annoncé une provision de l’ordre de 900 millions d’euros pour ses programmes spatiaux pour le premier semestre de cette année. L’information a été faite à l’occasion d’une actualisation de ses prévisions économiques pour l’année 2024, annoncée le 25 juin.
D’une part, l’annonce surprend par sa récurrence. Le groupe aéronautique avait déjà rendu publique lors de la publication de ses résultats annuels en février dernier une charge de 600 millions d’euros pour sa branche Défense & Espace en expliquant que cela provenait en grande partie de la mauvaise gestion de ses programmes de satellites. De toute évidence, les problèmes avaient été sous-estimés.
D’autre part, elle surprend par son montant et son ampleur. Le mal semble plus profond qu’anticipé. En effet, selon le groupe, la mauvaise gestion des programmes de satellites ne concerne plus uniquement l’activité des télécoms (programmes OneSat et Eurostar) mais également les activités de navigation (programmes Galileo et Egnos V3) et d’observation de la Terre.
Un marché surestimé
Cette nouvelle provision rappelle les heures difficiles du programme d’avion de transport militaire A400M, pour lequel l’avionneur a enchainé les provisions tout le long de son développement, entraînant pratiquement un doublement du coût du programme.

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L’ambitieux programme des satellites OneSat concentre toutes les attentions. Ces satellites de télécommunications capables d’être reconfigurés en orbite sont une véritable rupture technologique, avec la promesse d’affecter dynamiquement les capacités télécoms d’un satellite là où les clients en ont besoin et quand ils ont en besoin. L’idée sur le papier est séduisante... mais rien ne s’est passé comme prévu.
«Le marché n’a pas été aussi porteur que prévu», explique une source interne. Quand Airbus espérait vendre jusqu’à trois exemplaires par an, il réalisait environ la moitié de ses objectifs. Le groupe a tout de même vendu huit exemplaires de son satellite révolutionnaire lancé en 2018 : trois pour son client Inmarsat, deux pour Intelsat, un pour le japonais JSat, un pour l’opérateur thaïlandais Thaicom et un dernier pour un client qui n’a pas souhaité révéler son identité. Mais avec moins d’exemplaires vendus que prévu, les économies d’échelle étaient caduques et les coûts du programme ont dû être revus à la hausse.
Des défis technologiques sous-estimés
Par ailleurs, Airbus a sous-estimé la complexité technologique du développement et de l'industrialisation de ses nouveaux satellites. Les briques technologiques, notamment logicielles, n’étaient pas suffisamment avancées. La conception des réseaux terrestres adaptés à ces nouveaux satellites s’est également révélée plus difficile que prévu. «C’est le prix à payer quand on développe de la haute technologie et que l’on prend des risques», avait notamment commenté Guillaume Faury, le président exécutif du groupe, en février dernier.
Airbus indique également avoir souffert des problèmes rencontrés par ses fournisseurs. Conséquence de l’inflation sur les matières premières et des composants, certains ont augmenté considérablement leurs prix. Pire encore, d’autres ont été incapables de tenir leurs engagements de livraisons. «Nous avons dû réinternaliser certaines activités de nos fournisseurs», déplore une source interne. De quoi entrainer de nouveaux retards et des surcoûts. Résultat : le programme accuse a minima deux ans de retard et doit honorer les pénalités qui vont avec. Le premier client Inmarsat devait être livré en 2022.
Airbus paye sûrement sa posture commerciale trop agressive. En concurrence frontale avec son rival Thales Alenia Space, le groupe a été tenté de promettre à ses prospects un calendrier de livraison et des prix agressifs pour capter le marché. De quoi compliquer encore plus son équation économique et industrielle.
Les difficultés rencontrées dans sa branche spatiale vont-elles entraîner des restructurations ou des suppressions de postes ? Le groupe n’a pas fait de commentaires à ce sujet. Les principaux sites d’Airbus dédiés aux satellites de télécommunications sont ceux de Toulouse (Haute-Garonne) pour les tests et l’assemblage et d’Elancourt (Yvelines) pour les équipements en France, ainsi ceux de Stevenage et de Portsmouth au Royaume-Uni. Confronté à des difficultés similaires, Thales Alenia Space a annoncé en mars dernier la suppression de 1300 postes dont 1000 en France.



