Airbus et l’américain Voyager Space s’associent pour fabriquer un successeur à l’ISS

Le constructeur européen Airbus et l'américain Voyager Space ont noué un partenariat stratégique pour concevoir, fabriquer et exploiter une future station spatiale baptisée Starlab, qui doit prendre le relais de l’ISS. Elle fournira des prestations à la NASA, qui finance une partie de son développement, aux autres agences spatiales internationales ainsi qu’à des acteurs privés.

Réservé aux abonnés
Station spatiale internationale
Plusieurs sociétés privées sont déjà sur les rangs pour lancer des stations spatiales afin de prendre le relais de l'ISS, qui pourrait être mise à la retraite à partir de 2030.

La privatisation de l’espace s’accélère. Après le transport spatial et le déploiement de constellations de satellites en orbite basse à l’initiative d’acteurs privés comme SpaceX, c’est au tour des stations spatiales de devenir un nouveau marché de conquête. Voyager Space et Airbus Defence and Space ont annoncé le 2 août avoir trouvé un accord «ouvrant la voie à une coentreprise transatlantique pour développer, construire et exploiter Starlab, une station spatiale commerciale prévue pour succéder à la Station Spatiale Internationale (ISS)». Vieillissante, et faute de financement supplémentaire face au désengagement des agences spatiales internationales, la Station Spatiale Internationale devrait arrêter son activité d’ici 2030. Les nouvelles tensions avec la Russie - acteur clé du développement et de l’exploitation de l’ISS - nées de la guerre en Ukraine, précipitent encore plus la fin de la station.

Le partenariat prendra la forme d’une société commune «à dominante américaine» et garantira la poursuite de la collaboration entre les États-Unis et l'Europe dans l'espace, soulignent les deux sociétés. La future entreprise vise deux types de clientèles : les grandes agences spatiales qui financent les programmes scientifiques menés en micro-gravité mais également une nouvelle clientèle privée. «Nous créons cette entreprise commune pour répondre de manière fiable à la demande avérée des agences spatiales mondiales, tout en ouvrant de nouvelles perspectives aux utilisateurs commerciaux», a précisé Matthew Kuta, président de Voyager Space, dans un communiqué

Le soutien de la NASA

Qui financera l’effort de développement et d’industrialisation de Starlab ? Voyager indique disposer d’un financement de 160 millions de dollars (soit 146 millions d’euros) de la part de l’agence spatiale américaine, la NASA, suite à un accord signé en décembre 2021. Cet accord prévoit que la future station accueille un équipage de manière permanente au service de la NASA, d’autres agences spatiales et de la communauté des chercheurs. Les travaux sont déjà avancés. Le programme a en effet franchi un jalon technique significatif en juin dernier : ses principaux systèmes spatiaux ont été évalués par la NASA et répondent à ses critères en matière de sécurité et de mission. Voyager indique avoir choisi Airbus pour son soutien et son expertise en matière de conception technique. En plus d’une entité aux Etats-Unis, Starlab sera présente en Europe auprès de l’agence spatiale européenne ainsi que des autres agences spatiales nationales.

Privatisation de l’espace oblige, Voyager ne sera pas seul sur le marché de l’orbite basse. En octobre 2021, Jeff Bezos, le fondateur d’Amazon, revendiquait son intention de construire la première station spatiale privée, Orbital Reef, pour développer des activités commerciales, industrielles et scientifiques. La station construite avec l’aide de Boeing pourrait accueillir ses premiers clients d'ici à 2030. En 2021, la start-up Axiom avait levé 130 millions de dollars pour développer elle aussi une station spatiale à des fins commerciales.

Vos indices
Indices & cotations
Tous les indices

Déjà des concurrents annoncés

Comment comprendre ce désengagement des agences spatiales ? La NASA estime qu’elle ne peut plus tout faire toute seule. Elle a choisi ses priorités avec le programme Artemis de retour sur la Lune et l’exploration spatiale habitée lointaine, notamment vers Mars. Quitte à laisser la gestion de l’orbite basse aux acteurs privés. L’agence estime toutefois qu’elle ne pourra atteindre ses objectifs d’exploration de l’espace lointain sans la poursuite d’une activité de recherche en orbite basse, dans l’ISS ou une station qui lui succèdera. Dans un rapport publié en 2021, l’agence spatiale américaine indiquait dépenser environ 3 milliards de dollars par an pour la Station Spatiale Internationale, soit un tiers de son budget annuel consacré au vol habité.

Les premiers modules de l’ISS ont été envoyés dans l’espace en 1998 par une fusée russe Proton et la navette spatiale américaine. Bout par bout, module après module, elle a été achevée 13 ans plus tard. La Russie et les Etats-Unis ont apporté les éléments structuraux de la station tandis que l’Europe, le Japon et le Canada ont apporté des modules et des technologies permettant d’étendre ses capacités. Elle s’étend sur près de 110 m de long et nécessite plus de 4 000 m2 de panneaux solaires pour ses besoins en énergie. L’ISS offre un volume pressurisé équivalent à celui d’un Boeing 747 pour accueillir les astronautes et leurs expériences. A l’origine, sa durée de vie était estimée à 15 ans avec une possibilité d’être doublée à 30 ans. Selon l’un des rapports de l’agence, malgré son vieillissement accéléré avec l’apparition de fuites et fissures à bord de la station, celle-ci pourrait encore être en activité au-delà de 2030.

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.
Les webinars
Les services L'Usine Nouvelle
Détectez vos opportunités d’affaires
Trouvez des produits et des fournisseurs