Toulouse est aux anges. La nouvelle ligne d’assemblage d’Airbus dédiée au programme A320neo est en train d’aider à l’accouchement du dernier rejeton de la famille, comme l’a fait savoir le groupe mercredi 29 janvier : l’A321XLR. Ce moyen-courrier à très long rayon d’action a décroché sa certification l’été dernier. L’appareil en cours de fabrication ne tardera pas à rejoindre la flotte de la compagnie espagnole Iberia. Désormais capable d’assurer l’assemblage de toutes les versions de l’A320neo et doté de procédés dernier-cri, le site français de l’avionneur reprend une place de premier plan aux côtés des autres usines du groupe. Et en particulier celle de Hambourg (Allemagne), qui était jusqu’à présent la seule en mesure de fabriquer l’A321XLR.
Lancé début 2020, gelé en mars de la même année pour cause de pandémie, le projet de modernisation des deux lignes toulousaines dédiées à l’A320 – et à ses dernières déclinaisons – avait été relancé en mai 2021. Face aux quatre lignes ultra-modernes de l’usine allemande, mais aussi aux deux lignes récentes basées à Mobile (États-Unis) et Tianjin (Chine), celles historiques de la Ville rose souffraient de la comparaison. La nouvelle ligne flambant neuve est venu se nicher dans l’imposant hall Jean-Luc Lagardère, où l’A380 était auparavant assemblé. Elle emploie aujourd’hui près de 750 personnes.
L'usine toulousaine peut assembler tous les A320neo
Inaugurée en juillet 2023, cette nouvelle ligne d’assemblage est peu à peu montée en puissance puisque capable d’assembler non seulement l’A320neo, mais aussi l’A321neo, ainsi que ses versions rallongées à plus long rayon d’action que sont l’A321LR et l’A321XLR. C’est d’ailleurs notamment en raison des plus grandes dimensions des différents types d’A321neo qu’un nouveau site d’assemblage devenait nécessaire, afin de pouvoir accueillir massivement ces engins. En outre, la production de ces appareils donne davantage de fil à retordre, surtout en raison du plus grand nombre d’options disponibles pour les équipements de la cabine.
Airbus SAS 2023 - Hervé Goussé - Master Films La nouvelle ligne installée dans le hall Jean-Luc Lagardère bénéficie de procédés ultra-modernes (crédits photos: Airbus-Hervé Goussé-Master Films)
Ayant pris du muscle, la nouvelle usine toulousaine va ainsi pouvoir bénéficier, elle aussi, de l’immense part de gâteau que constituent les différentes déclinaisons A321neo, stars airbusiennes du marché des moyen-courriers. Car sur les 8658 appareils qui s’amoncèlent dans le carnet de commandes d’Airbus à fin décembre 2024, 7073 sont des monocouloirs : 1853 A320neo et 5220 des A321neo. Quant à l’A321XLR, plus de 500 exemplaires doivent être livrés, précise un porte-parole du groupe. En clair, le site toulousain est désormais en pleine capacité de s’atteler à l’assemblage de 70% des commandes de monocouloirs.
Une panoplie de procédés d'assemblage modernes
Au sein de l’impressionnant hall Jean-Luc Lagardère – 490 mètres de long, 250 mètres de large et 46 mètres de haut – , toute une série de procédés innovants ont été mis en œuvre. Robot de perçage des différentes pièces d’avions, véhicules à guidage automatique (AGV) pour livrer les éléments au bon endroit et au bon moment, chariots chargés de déplacer certains tronçons entièrement automatisées, caisses à outils intelligentes pour éviter l’oubli d’ustensiles dans les appareils, tablettes tactiles… Autant de procédés ultra-modernes mais qui ont déjà été éprouvés dans d’autres lignes d’assemblage du groupe, en France et ailleurs.
AIRBUS-Pascal PIGEYRE-Master Films Auparavant dédié à l'A380, le hall Jean-Luc Lagardère abrite désormais l'assemblage des A320 neo (crédits photos: Airbus-Pascal Pigeyre-Master Films)
De quoi permettre un assemblage efficace de l’A321XLR, qui devrait bénéficier de nombreuses autres commandes dans les prochaines années. Car l’appareil se pose en couteau suisse idéal pour nombre de compagnies aériennes : capable de parcourir 8700 km, soit 15% de plus que l’A321LR, il peut transporter de 180 à 220 passagers 11 heures durant, avec un confort proche de celui d’un gros porteur grâce à ses équipements pour cabine.
L'A321XLR, un monocouloir qui fait le job d'un long-courrier
L’A321XLR, lancé en 2019, peut par exemple relier sans escale New-York à Rome. Une première pour un avion de ce gabarit. Des performances que l’appareil n’aura toutefois pas atteintes sans mal. L’ajout d’un réservoir supplémentaire de carburant, situé au niveau du ventre de l’appareil, a contribué à rallonger le temps de développement, soit cinq années au total. Et à compliquer significativement sa certification, décrochée auprès de l’Agence de l'Union européenne pour la sécurité aérienne (AESA) avec environ un an de retard sur le calendrier initial.
Airbus SAS 2025 Le site toulousain va pleinement contribuer à atteindre la cadence de 75 A320 livrés par mois d'ici 2027 (crédits photos: Airbus)
In fine, le site toulousain modernisé – qui a livré comme premier appareil un A321neo en décembre 2023 – est désormais plus à même de prêter mains fortes avec les autres usines du groupe pour respecter l’ambitieux calendrier industriel d’Airbus. À savoir : parvenir à assembler 75 A320 par mois courant 2027, toutes versions confondues, contre une moyenne mensuelle de 42 appareils l’an dernier. Un objectif plusieurs fois décalé dans le temps ces dernières années, en raison des nombreuses tensions présentes au sein de la chaîne de fournisseurs de l’avionneur.
En outre, la deuxième et dernière ligne toulousaine de l’A320 encore basée dans l'usine historique de Saint-Martin-du-Touch va, elle aussi, être transférée progressivement dans le hall Jean-Luc Lagardère. Elle entrera en service en 2026 : le site pourrait alors compter quasiment le double de collaborateurs. En 2026 toujours, deux autres lignes verront le jour, sur les sites américains et chinois, portant à 10 - contre 8 aujourd'hui - le nombre total de lignes spécialisées dans l’assemblage de la famille A320. Un an plus tard, toutes devront tourner à pleines capacités pour permettre d’atteindre une cadence de production encore jamais vu dans l’industrie aéronautique.



