Sous le crachin breton, deux énormes engins s’affairent à retirer la couverture de terre sur les bords de la cuvette profonde d'une soixantaine de mètres. En contrebas des buttes de sable blond de la carrière principale de Kergantic, des pelleteuses détachent des blocs de kaolin. Premier producteur mondial de ce minerai blanc, le groupe Imerys en extrait chaque année près de 60 000 tonnes de de son site des kaolins de Bretagne, implanté à Ploemeur (Morbihan).
A deux pas de la mer, le site en exploitation depuis 1904, qui emploie 80 salariés, est le plus important gisement de France. « D’un point de vue géologique, ce gisement est d’une qualité exceptionnelle, avec un kaolin unique pour sa brillance, sa blancheur et la rhéologie qu’il confère. Ces propriétés remarquables permettent de pérenniser nos positions commerciales dans les applications haut de gamme, comme la fabrication d’email », souligne Sandrine Peraud-Degez, la directrice du hub minéraux de performance d’Imerys pour le Nord de la France, qui regroupe 14 sites industriels. Près de 90% de sa production est exportée, vers l’Amérique latine et l’Espagne principalement, essentiellement pour rentrer dans la fabrication de l’émail.
C’est le kaolin, issu de la dégradation du granite le long des failles de quartz, qui donne leur brillance aux carreaux de carrelage. Le minerai a aussi d’autres applications, dans la fabrication du papier, pour lui apporter sa blancheur, et dans les peintures.
BOUTET Herve Une fois séparé du sable et du mica, le kaolin est mis sous forme de barbotine afin de le transporter vers des bassins de décantation. Photo: Hervé Boutet
Trois carrières différentes, réparties sur 180 hectares dans un rayon d’une poignée de kilomètres alimentent l’usine de traitement. Pour chaque bloc extrait, un échantillon est envoyé en laboratoire pour une analyse chimique précise de sa composition, et notamment de sa teneur en fer. « Nous pilotons l’extraction et établissons des mélanges selon la composition », décrypte Manuel Lebeau, le responsable de la production du site. Dans 1000 tonnes de matière brute se trouvent environ 250 kilo de kaolin, mais aussi 50 kilo de mica et 550 de sables qui sont aussi valorisés séparément par Imerys.
Pour séparer le kaolin des différents matériaux, les blocs extraits sont lavés à grande eau dans des trémies. Puis ils passent dans une cycloneuse, qui permet de ne retenir que les fines particules de kaolin, autour de 0,2 microns. La barbotine de kaolin est ensuite décantée dans l’un des trois grands bassins installés en face de l’usine. Le minerai, qui se dépose sous l’effet de la gravité au fond du bassin est ensuite pompé puis injecté sous pression dans des filtres-presses. Dans l’air moite et chaud de l’usine, un opérateur manie une longue pale en bois pour détacher, toutes les 45 minutes, les galettes de kaolin pur, piégées dans les filtres. Elles sont ensuite broyées, extrudées en nouilles de quelques centimètres et séchées dans un four. Une partie est ensuite encore réduite en poudre, en fonction des conditionnements.
Nouvelle usine et extension des carrières
BOUTET Herve La barbotine concentrée de kaolin est ensuite injectée sous pression dans des filtres presse, afin de séparer le minerai de l’eau. Photo: Hervé Boutet
Le processus doit bientôt gagner en automatisation. Imerys a investi 6 millions d’euros dans une nouvelle usine, installée de l’autre côté des bassins de décantation. La production doit y démarrer début 2022. La ligne de production, plus compacte, devrait permettre de réduire de près de 30 % la consommation d’énergie. Les deux filtres-presses actuels ont été remplacés par un seul, entièrement automatisé.
Au-delà des gains de productivité, la nouvelle usine va permettre à Imerys de poursuivre l’exploitation de son gisement. L’usine actuelle devrait être démolie l’an prochain, dès la production transférée dans le nouveau bâtiment, afin d’extraire le kaolin présent dans le sous-sol, à l’emplacement du bâtiment et des anciens magasins de maintenance. « Au total, les caractéristiques géologiques réalisées confirment la présence de ressources de qualité pour une trentaine d’années d’exploitation », pointe la directrice du site. Tout l’enjeu est de les gérer « en bon père de famille ». Et d’exploiter au maximum sans gaspiller la ressource. Grâce à l’amélioration des techniques, le groupe a commencé à ré-exploiter ses anciennes lagunes, les grandes plages où sont déversés les rejets non valorisés, qui représentent environ 15 % des volumes excavés. Celles-ci contiennent encore une faible teneur en kaolin, qui n’a pas été extraite la première fois. Le groupe en est pour l’instant à caractériser la composition de ses lagunes.
BOUTET Herve Le kaolin est extrudé sous forme de nouilles avant d’être séché pour garantir un taux d'humidité constant. Photo: Imerys
Pour maintenir sa production, Imerys prévoit aussi d’étendre la carrière. L’autorisation d’exploitation du site court actuellement jusqu’en 2023. Le groupe de minéraux industriels a déposé fin 2020 une demande de renouvellement, assortie d’une extension d’un peu moins de 10 % de la surface de la carrière principale. Depuis janvier, les concertations ont débuté pour modifier le plan local d’urbanisme avec la mairie de Ploemeur et les associations de riverains. « Le gisement est reconnu d’intérêt national dans le schéma des carrières de Bretagne », plaide Sandrine Peraud-Degez, qui y voit un atout pour faciliter le dialogue avec les riverains, à côté des retombées économiques générées par l’exploitation, avec près de 200 emplois indirects selon Imerys, et des travaux de réhabilitation progressive du site menés en partenariat avec le conservatoire du littoral.
Sur la plus petite carrière de Kerbrient, à proximité immédiate du sud de l’agglomération de Ploemeur, le groupe a demandé à prolonger de cinq ans son autorisation d’exploitation, prévue pour s’achever début 2022. Cela doit lui permettre d’achever l’extraction de la ressource. La reconversion de la carrière est déjà fixée. Elle devrait laisser la place à une base de loisirs nautiques.



