Reportage

A Cannes, Thales Alenia Space assemble un satellite pour garantir l'accès à Internet en Indonésie

C'est la dernière ligne droite avant le lancement cet été à Cap Canaveral du satellite Satria, destiné à l'Indonésie. Nous avons pu rencontrer l'équipe qui supervise l'assemblage et les ultimes tests sur le site cannois de Thales Alenia Space. 

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Thales Alenia Space Satellite Satria
En langue Bahasa, Satria (le nom du satellite sur la photo) signifie "chevalier". La phase de tests s'effectue actuellement à Cannes.

Il s’appelle Satria - pour SateliT Republik IndonesiA - et, pour l’heure, il patiente dans la salle blanche de Thales Alenia Space à Cannes La Bocca (Alpes-Maritimes). Dans cet endroit hyper sécurisé et aux dimensions peu communes, il subit une batterie de tests pour anticiper son comportement une fois lancé dans l’espace et mis sur orbite géostationnaire.

En route pour Cap Canaveral

La date de décollage est prévue pour cet été. Le satellite sera alors équipé de deux panneaux solaires, de quoi lui conférer « une envergure de 44 mètres, pour 7,6 mètres de hauteur », précise Marc Courbin, le chef de projet de ce satellite de télécommunications. Après son séjour sur les côtes de la mer Méditerranée, ce sera au bord de l’océan Atlantique qu’il s’éloignera de la Terre vers l’espace, le lancement devant être assuré par un Falcon 9 de SpaceX, depuis le site de Cap Canaveral en Floride. Cinq mois plus tard, il sera arrivé à bon port et devrait pouvoir y rester 15 ans.

Pour le gouvernement indonésien, ce lancement est très important. Dans ce pays composé de plusieurs milliers d’îles, la connexion à Internet par la fibre serait un casse-tête et un non-sens économique. D’où l’idée de ce satellite géostationnaire, dont le coût est de « plusieurs centaines de millions d’euros », qui couvrira l’ensemble de la zone, en assurant un débit ascendant et descendant de 150 gigabits par seconde. Quand on demande à Marc Courbin si une constellation de mini-satellites proposés par la concurrence ne serait pas une meilleure une solution, il feint de ne pas entendre avant d’ajouter : « l’avantage d’un satellite géostationnaire est qu’il n’y a, par définition, qu’un seul lancement ».

Satria Thales AleniaChristophe Bys
Satria Thales Alenia Satria Thales Alenia

Satellite reconfigurable

En outre, Satria possède des caractéristiques propres. Ce n’est pas un satellite géostationnaire « classique » : il est reconfigurable et à flux orientables. Cela signifie que l’opérateur final du satellite pourra réorienter les zones couvertes. Une innovation rendue possible par les équipements informatiques « programmables à distance » qu'embarque l'appareil, doté d'une charge utile suffisamment importante.

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Pour économiser de l'espace, les techniciens ont réduit la place accordée à l’énergie de propulsion. Satria, le 7e de la famille télécoms des satellites Spacebus Neo, fonctionne avec une propulsion électrique, ce qui « divise par 4 la quantité de carburant nécessaire », explique Marc Courbin. Revers de la médaille : les cinq mois de trajet pour rejoindre l’orbite final, alors que la durée de voyage se compte en jours avec une alimentation énergétique classique. Une fois sur orbite, la puissance nécessaire ne dépasse pas les 20 kilowatts, soit la puissance de « 20 fers à repasser », s’amuse l’expert de Thales Alenia Space.

Le contrat entre Thales Alenia Space et l’opérateur de satellite indonésien Pasifik Satelit Nusantara prévoit, outre le satellite et des heures de formation pour les personnels concernés, la construction de deux centres de contrôles sur place, un principal et un de secours.

Effets d'expérience

Chez l’opérateur franco-italien, on se félicite des effets d’apprentissage qui ont permis de diviser par deux le temps de construction et d’assemblage par rapport à la première génération de ce modèle. Ce gain de temps de quelques mois a été particulièrement patent dans les phases d’assemblage et de tests. Thales Alenia Space souligne aussi que plusieurs de ses sites ont contribué à cette fabrication en Espagne, au Royaume-Uni (Belfast), en Belgique (Charleroi), en Italie et en France (Toulouse et Cannes). Au pic de l’activité, 200 personnes ont travaillé sur ce projet.

Parmi la longue liste de tests faits ou à faire, on compte le vide thermique, la réaction aux vibrations du lancement, la simulation de la chaleur du soleil, mais aussi l’étude de la façon dont « le satellite réagit quand il est mi-ombre, mi-soleil, c'est à dire comment il se comporte avec une zone chaude et une zone froide » explique Cyril Baud, responsable assemblage, intégration et tests. S’il est particulièrement impatient de voir le satellite partir, pas question d’accélérer les essais qui ont commencé en octobre dernier et qui s'enchaînent 24h/24. C’est lui qui devrait normalement accompagner l'appareil à Cap Canaveral et superviser le lancement avec le client indonésien. Une première, pour le responsable comme pour l'Indonésie.

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